jeudi 21 mai 2009

cybernétique: du marketing au prosélytisme



EN ROUTE VERS LE POSTHUMAIN


Cybernétique, du marketing au prosélytisme

A nouvelles technologies, nouveaux usages. Le développement récent des TIC- Techniques de l’Information et de la Communication- dés le début des années 1980 , années où l’on a surtout commencé à étudier la formation des usages des premiers outils , à permis de se rende compte d’une chose importante, à savoir que les outils ne suivaient pas les prescriptions des
« offreurs » ( nouveau terme pour dire « marchands ») et surtout que les usages réels de ces outils proposés étaient loin de correspondre à ce qu’on imaginait ; a ce que peut-être les « concepteurs purs » , les inventeurs, avaient imaginés. Ce qu’il faut retenir de cette période est le fait que les producteurs de ces outils ont, au début, été assez désorientés par les réactions imprévues des nouveaux consommateurs. C’est la raison pour laquelle ils se sont très vite tournés vers les spécialistes du marketing afin d’essayer de comprendre comment réagissaient les usagers et surtout comment s’installaient les usages de ce que l’on a commencé à appeler les « produits communicationnels ». Ils ont pour cela fait appel à des chercheurs qui devaient regarder comment s’opérait le processus d’insertion des TIC dans la société, une société qui devint alors de plus en plus au centre des préoccupations des chercheurs.
L’industrie de la communication a commencé à analyser comment l’on pouvait passer de l’
« innovateur » aux « adopteurs », plus particulièrement aux « adopteurs précoces » . Je passe ici sur les modèles d’étude de diffusion (information, persuasion, décision, application et confirmation) auxquels correspondent des « groupes d’acteurs » dans lesquels, par ordre, on retrouvera les adopteurs précoces, la majorité précoce, la majorité tardive et les retardataires dont je suis … Ainsi donc, grâce aux « innovateurs -traducteurs » la recherche scientifique est sortie des laboratoires pour entrer dans nos bureaux.
Je pense ici à Norbert Wiener , qui des 1947 inventait la cybernétique , dont on a une idée assez compléte dans son passionnant ouvrage « Cybernetics or control and communication in the Animal and the Machine » publié en 1947 et aux hyppies de Berkeley qui dans les années 1970 voyaient dans le micro-ordinateur la possibilité d’un raccourci du travail pour pouvoir paresser plus longtemps c'est-à-dire vivre pleinement sa vie… Ces choses là existent bel et bien mais leur utilisation ne s’est pas cantonné à ce qu’on avait imaginé, hélas. Dés les premiers temps de la bureautique, ce moment où on a commencé à s’équiper de systèmes d’information qu’on nous a présenté comme des nouveautés d’ailleurs purement techniques, « on » s’est rendu compte que la productivité pouvait augmenter et avec elle la charge de travail – En les utilisant nous remplissions des tâches nouvelles sans le savoir, cela progressivement et a notre dépens.

L’introduction de nouveaux TIC, le prestige et le pouvoir que cela procurait aux quelques utilisateurs avertis entraîna très vite une stratégie de recomposition socio-organisationnelle du travail. Aux TIC allaient bientôt s’adjoindre le stress et ses TOCs , nouveaux maux du siècle commençant. Bien entendu les « retardataires » traînaient des pieds, mais pendant ce temps l’industrialisation de l’information et de la culture avançaient avec le développement exponentiel d’une production industrielle et internationalisée telle que nous la connaissons aujourd’hui. Des industries triples et solidaires alliant une industrie du contenu, des industries de matériels et de logiciels et une industrie des réseaux qu’on appelle aussi les opérateurs de télécommunications, s’imposèrent en masse sur le marché. Je laisse de côté le marigot où les multinationales se sont amusées et s’amusent encore au jeu des fusions et autres confusions dont on peu voir les résultats aujourd’hui .Bref cette prise de pouvoir dans notre vie professionnelle et privée des TIC nous a lentement fait rentrer dans une nouvelle espace et une nouvelle temporalité annoncée : le cyberespace ; un espace inventé qui nous ouvre l’accès au service universel et à la connaissance à travers mille bouquets numériques qui devant nos yeux s’épanouissent.

Le cyberespace est un bien un espace autre, quelque chose qui se propose de substituer l’espace prédonné par un espace de données , ainsi que de virtualiser et d’idéaliser l’étendue terrestre comme le remarque très justement Antonio Casilli dans son article « Posthumani nihil a me alienum puto », Le discours de l’hospitalité dans la cyberculture » ( Revue Sociétés, n° 83, 2004/ 1) . Norbert Wiener l’avait annoncé dans « cybernétique et société », ( éditions des Deux Rives », 1949, p 149) . Il y notait, « certes il nous faudra modifier maints détails de notre façon de vivre lorsque nous entrerons en rapport avec les machines nouvelles. » En effet le voyageur du cyberespace est un voyageur qui se déplace sur un territoire fluide dans un but précis: celui de collecter de l’information et peut-être même , c’est en tout cas ce qui lui est promis et c’est pour cela qu’il est là assis devant sa Toile, d’augmenter ses connaissances . On notera que la cyberculture a engendrée elle aussi, un certain nombre de symptômes linguistiques et de mots nouveaux liés à la navigation. Qu’est-ce qu’un cyber-naute si non un navigateur , mais un navigateur d’un type nouveau , sachant , comme l’a écrit Wiener que « les organes du gouvernail d’un navire sont en fait une des formes les plus précoces et les mieux développées des mécanismes d’action en retour . » (Wiener , 1949, p 286)

Le cybernaute est un navigateur pressé, il va vite, très vite parce qu’il faut aller vite et sans appuie, sans coquille lourde comme un bateau appareillé, il va même se transformer en « surfeur » dans ces méandres inattendus de la masse de données. Savoir naviguer sur la Toile, c’est savoir où chercher et comment repérer une ou des informations et très vite développer des « cartographies cognitives » du territoire fluide de connaissance, jusqu'à devenir un véritable expert en ses lubies passagères. Le cybernaute se fait aussi nomade de la frontière numérique. Dans ce nouveau ciel entoilé on lui assure qu’il va rejoindre une communauté virtuelle et peut-être même adhérer avec elle au « culte Internet ». IL s’agit d’une métaphore bien évidemment mais aussi, comme le remarque Philippe Breton dans « Le culte d’Internet, une menace pour le lien social ?( La découverte , Paris, 2000), de liens forts avec une machine associée à des pratiques très particulières et a ce qu’elle ouvre dans la vie. Philippe Quéau dans « La planète des esprits » ( Odile Jacob, 200O), parle même d’un nouveau Luther. A propos de ces nouveaux religieux de la Toile on a l’exemple caricatural mais loin d’être isolé de ces internautes qui se mettent à vivre au su et au vu de tous en installant chez eux des caméras . Ceci est a lire comme un bel exemple de luthéranisme en effet. Ils veulent dire : nous n’avons rien à cacher, nous avons même une attitude morale, la preuve : la camera montre tout ce que nous faisons. Je parle de Luther, mais n’oublions pas Teilhard de Chardin, ce jésuite qui inventa la notion de noosphére , notion qui est aux idées ce que la biosphère est à la vie. Selon lui, ce sont les nouvelles technologies de communication qui permettront à l’avenir de franchir une nouvelle étape dans l’évolution de l’humanité. Des nouvelles technologies qui devraient nous soulager, nous permettrent de détacher les esprits de la matérialité et de les « collectiviser ». Ces thèmes de la société de la communication et de la noosphére n’ont cessé de gagner en influence au sein de la société, ceci pour une bonne raison, c’est que dans une société marquée par la crise du lien social, la promesse de plus de communication et de convivialité ne peut recevoir qu’un écho favorable. J’ajouterai que depuis la fondation de la cybernétique, on trouve que l’idée de communication est une valeur positive, que développée elle peut permettre de lutter contre le désordre et l’entropie tels que les générations de la seconde guerre mondiale qui pour Wiener n’incarnait pas autre chose que « le mal et le diable… » . C’est donc bien le futur des années 1940 qui nous est aujourd’hui proposé avec Internet. En tout cas le cybernaut contemporain, sa religion et son prosélytisme technophile, largement alimenté par les marchands, nous assure qu’Internet transforme notre existence. Et effectivement Internet a complètement chamboulé notre existence au point qu’il nous faut reconnaître que le virtuel a pris le pouvoir sur notre quotidien.
(à suivre)

vendredi 27 mars 2009

Pour une écologie politique : l'oeuvre de Serge Moscovici

Serge Moscovici constate que lorsqu’on établit un rapport à la nature, on le choisit.
Partant de là, il montre que le principe de l’histoire humaine de la nature joue et continue de jouer un rôle moteur qui se manifeste directement dans l’histoire sociale et qu’on ne peut envisager l’organisation d’une société indépendamment de l’organisation des individus .Lorsqu’on fait sa culture, sa société, on organise en même temps son rapport au reste du monde, relève-t-il, insistant pour dire que toute notre connaissance n’est pas extérieure à nous, à notre nature et à la nature, que ce que nous faisons et ce dont nous parlons, c’est le rapport dans lequel nous nous trouvons dans un certain lieu et à un certain moment dans la nature.
L’objectif n’est pas de mettre la nature à la place de la société ni même de « naturaliser » notre civilisation, mais d’élargir l’horizon de notre vie et de notre monde, de retrouver les deux foyers de l’humanité que sont la société et la nature. Il s’agit de libérer la nature comme coupe-feu à cette obsession des temps modernes qui depuis le XIXe siècle cherche à désenchanter la nature, à l’isoler, à faire comme si nous n’avions pas grand-chose de commun avec elle.
Pour Moscovici la véritable place des mouvement naturalistes ne se trouve ni du seul côté de la nature, ni du seul côté de la société, mais dans la transformation d’une pensée et d’un mode de vie où nature et société sont mises sur le même plan ; Il s’agit d’inventer une culture nouvelle qui soit adéquate à l’humanité, qui tienne compte de l’obligation et nécessaire équilibre nature et société. Il se propose d’adapter les hommes à la nature par le biais de la création de la nature, nature qui ne se modèle pas sur celle qui existe, mais sur celle que nous faisons exister par la recherche de « plus de vie ». Ce mouvement se propose de réenraciner les savoirs dans une autre forme de vie et d’accompagner cette « nature cybernétique » annoncée dans les années 1970 qui est désormais nôtre, afin, selon ses termes, de « réoccuper la société » en la rapprochant de nous et en prenant en compte la question naturelle. Il y voit la conviction « qu’il nous faut modifier notre pensée de l’intérieur en secouant les habitudes de rationalité invétérées, transformer la forme des idées dans les sciences, les techniques, le sens commun, les arts, supprimer la censure de nos élans et de nos existences et regarder autrement notre existence sur cette terre à long terme (…) Oser être, nous situer et espérer en la plénitude d’un homme-homme.»( Métailié,2002, p.82)
Il estime qu’aujourd’hui il faut stimuler la pensée pour approfondir l’inspiration originale de l’écologie, que la création d’une nouvelle forme de vie doit assurer une plus grande liberté dans la saisie de nos relations à la nature et à son histoire. Il pense que réenchanter le monde reste une pratique de la nature et que son moyen consiste à expérimenter de nouveaux modes pour faire exister une nouvelle forme de vie. Il nous invite à un élargissement d’une conscience écologique et politique, avec en perspective forte et fondamentale que l’écologie, en opérant une révolution de la science et des consciences, s’imposera comme une culture véritable, qu’il n’y a aucun doute que la nature fait nécessairement partie de toute culture à venir et que « la question naturelle » est la question politique du XXI e.
Le « naturalisme subversif » de Moscovici a eut une influence importante auprès d’un certain nombre d’intellectuels. Je pense à Prigogine, prix Nobel de physique, et Isabelle Stengers qui dans « La nouvelle alliance » considérèrent l’importance de ses propositions de réintroduire la science dans la nature et de prendre en compte cette « nouvelle nature » que les hommes engendrent sans cesse. Habermas qui, réfléchissant a l’ « Après Marx » trouva lui aussi chez Moscovici de quoi réfléchir autour de l’histoire humaine dans la nature, notamment pour ce qui concerne une nouvelle perspective dans l’analyse des forces productives qui infléchissent l’ histoire. La liste est longue des penseurs qui trouvèrent dans son œuvre de quoi ressourcer leur pensée comme son contemporain et ami Edgar Morin qui dans « Le paradigme perdu : la nature humaine », s’en inspira pour dénoncer la pensée contre-nature.

Pour connaître l’œuvre anthropo-écologiste de Serge Moscovci voir :
MOSCOVICI (S), Essai sur l’histoire humaine de la nature , Paris, Flammarion, 1968, ,
MOSCOVICI (S), La Société contre nature , Paris, UGE, 1972/ Point 2000) ,
MOSCOVICI (S), Hommes domestiques et hommes sauvages, Paris,UGE, 1974 MOSCOVICI (S), De la nature, pour penser l’écologie, préface de Pascal Dibie, Paris, Métailié , 2002
MOSCOVICI (S) , DIBIE (P), Réenchanter la nature , La Tour d’Aigles, Aube 2002
DIBIE (P), « une sauvage anthropologie de la modernité », in mélanges offerts en l’honneur de Serge Moscovici Penser la vie, le social, la nature, Paris, éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2001
DIBIE (P), « Serge Moscovici et la question naturelle » in Le journal des psychologues, Hors série Moscovici, novembre 2003
DIBIE (P), « Serge Moscovici », in Dictionnaire des intellectuels français sous la direction de J. Julliard et M.Winock, Paris, Le Seuil, 1996
DIBIE (P), Film : Serge Moscovici I- Itinéraire intellectuel, II- La question naturelle,
2X 52’,Paris, Laboratoire d’Anthropologie Visuelle du Monde Contemporain-URMIS/ Métis Film, 2008

Eloge de la bouteille (pour s'amuser)

La tenir fermement de la main droite par son col élancé, Ah l’ampulla, avec la gauche remonter lentement vers sa panse bombée et lisse jusqu'à son cul bien plat .C’est qu’elle sait se tenir droite la transparente ; qu’elle nous allèche, joue des épaules, nous apitoie avec son beau liquide tiré directement de la lie. Et j’y mets mes lèvres, je l’enrobe, je la tète la bourrache, la ferrière, la guedoufle, la semaise, la chartreuse, la bourgogne et je ne suis pas verrier. A trois, rendez-vous compte, ils en soufflaient six cents ; six cents ventrues qui allaient tendre leurs cous aux canettes rougies des fillettes d’en bas. De baise point, juste à gorge déployée pour pousser la chanson « de la bouteille que prends-tu ? Le goulot c’est trop pointu. Moi vers le centre je me concentre. Levant le ventre ou bien le cul … » Une femelle tout en mâle, qui sait déjouer les séductions, met de la courbe en pleine droite, fausse la vue de qui l’absorbe. Une machine à loucher, à rapprocher les lignes, à tordre les arrivées. Roupnel la voyait raviveuse de feu, capteuse silencieuse des flammes dont l’automne versait les torrents. La bouteille, ma bouteille, elle est comme la bourgogne, le contraire d’une barrière, elle unit beaucoup plus qu’elle sépare. Mais des tranchées Apollinaire, le contradicteur, la brandissait face aux casques pointus et hurlait qu’il n’y avait qu’elle pour mettre tant de différence entre nous et les Boches ! Bouteille, bouteille enfûtée, soutirée, entonnée, pipée qui fait écrire certains, chuter de plus nombreux ; bouteille qui prend, bouteille qui mord, qu’on paye, qu’on aime, qu’on vénère . Flasque très vite vénéneuse qui vous poche un homme plus qu’il ne le cuit, conditionneuse des amateurs de petits fonds, fla-fla des tralalas, abatteuse des chichis, décolleuse des terriens, revigoreuse de pampres , dégrappeuse d’essaims ; bouteille qui tire à elle, essarte nos intérieurs comme une passion dévorante, as-tu un frein quelque part ? Boutiquier, bouteiller, bouteillon sous bonne garde de l’échanson qui fait un bon caviste, un maître de chais ensommelier et une encore qu’on dépucelle. Y’a du boulot sous le goulot ! On pousse de la voix, fait du chemin, explore les rocades, foule le ciel, redescend à contre-voie jusqu’aux petites portes du cerveau laissé là sur le carreau. Ca goulotte, ça rigole et ça sans gravité. Bouteille pour le porteur, bouteille au fossoyeur, bouteille au vin d’honneur, tout se goutte en canon, mariage , rondes et bosses . Bouteille enguirlandée pour demander ta main, cul suspendu pour mon retour demain. Dépendu, dépendant le soldat la sabre, l’explose, la rince, l’assèche en criant : encore une que les Prussiens n’auront pas ! Tout ça pour finir à l’hospice brûlé, dégouloté, saoul de souvenirs d’ivresses à peine passées où trinque encore la bouteille qui tchine et tinte sans fin des retrouvailles merveilleuses à goût de relevailles.
Depuis ce sable solidifié au contenu solaire venu du centre de la terre les rocs se dissolvent en torrents de rires, de joies et de pleurs ; la bouteille a pris racine en nous, elle a beaucoup aidé à nous faire homme, simples hommes parmi les simples. Au dessous du goulot se taste la vie des ci-redevants : via, verita, vite.

jeudi 5 mars 2009

Ecologie : petit rappel

Je suis heureux de vous annoncer que la question écologique est en voie de résolution, qu’une préoccupation gouvernementale affichée existe et que toutes les dispositions vont être prises en France et par la France pour préparer notre « avenir écologique !.Pendant deux jours en effet, la « table ronde finale » du Grenelle de l’environnement commencée en juillet s’est tenue les 24 et 25 octobre 2007 au ministère de l’écologie à Paris. Le 24 octobre ont été abordés la politique climatique et la santé, le 25 l’agriculture, la biodiversité et la réforme des institutions. C’est ainsi qu’en quatre mois et deux jours on aurait étudié, exprimé, analyser, légiférer et régler les graves questions actuelles qui pèsent sur notre environnement…et tout cela sans rire - (Le monde 25 octobre 2007,p.8)- Bon , retournons à nos assiettes dans lesquelles les pesticides ne sont pas absents , loin s’en faut, alors buvons un coup , mais là aussi on nous annonce de fâcheuses doses bien au-delà de la limite maximale autorisée. (Si 95% des échantillons sont conformes à la réglementation , 5% dépassent cette limite (LMR), limite fondée sur la prise alimentaire estimée d’une personne , sans distinction d’âge ni d’habitudes alimentaires .Ajoutons que la France est le troisième utilisateur mondial de produits phytosanitaires . En fait le suivi des molécules est particulièrement difficile à faire, elles sont très nombreuses en effet et évoluent au rythme des innovations des firmes agronomiques. Il faut ajouter que les pesticides sont aussi présents dans l’air, dans les sols et dans les eaux et que l’empoisonnement chronique du milieu naturel est pour l’instant irrémédiable – (Le monde, 22 février 2006, p.23)- Veuillez m’excuser d’avoir une telle perception de la nature, ou plutôt de notre nature aujourd’hui , mais il est vrai qu’il est difficile de ne pas s’alarmer dans les circonstances actuelles où l’économique et le politique omni bullés par les échéances électorales font , pour une majorité je le crains, semblant de se préoccuper de notre environnement ; préoccupation qu’ils ont du mal a faire première, et pourtant il s’agit bien là de notre existence et non plus de notre vie mais de notre survie . Au-delà des formes politiques, le problème fondamental de l’être humain, comme être social, est bien de participer à ce à quoi il appartient. Il ne fait aucun doute aujourd’hui pour un anthropologue que le social est une donnée fondamentale dans le monde naturel qu’on ne peut plus négliger. Cela signifie que nous devons nous reposer la question de notre inscription, non pas uniquement dans la nature mais avec la nature. Nous20ne devons plus chercher une séparation, ce fameux moment où l’on serait passé du monde de la nature au monde de la culture ou au social ; nous ne pouvons plus faire comme si dans le monde de la nature il n’y avait pas de social. Nous sommes dans la nature depuis toujours, nous n’en sommes jamais sorti et n’avons donc pas besoin ni de nous en séparer, ni d’y retourner. On agit toujours par rapport à la nature, tout ce que l’on réalise du point de vue du savoir a nécessairement un rapport avec notre corps, au sens de la nature, et avec le monde dans lequel on vit. La nature n’est pas l’environnement, ni une sorte de boîte dans laquelle on est enfermé, elle est toujours un rapport. Il faut penser la nature comme une nature historique qui contiendrait l’homme en tant qu’un de ses facteurs déterminants, ne pas chercher systématiquement à séparer l’animal de l’homme ce qui revoient à ne pas tenir compte du fait que le monde animal est aussi un monde social, une façon de considérer que l’on n’a pas à expliquer l’apparition du social.
(à suivre…)

mardi 17 février 2009

Retour de terrain

Rentrer du terrain comme disent les ethnologues est une étrange aventure.
C’est à ce moment souvent que se révèle la posture acquise et maintenue sur le terrain, cet état d’extrême vigilance dans lequel on s’est installé des mois durant au milieu de la société visitée afin d’observer au maximum ce qui se passe, comment des êtres étrangers à notre culture se comportent, leurs gestes, leurs attitudes leurs relations , etc. ne serait-ce que pour éviter trop de faux pas et de malentendus. Je me souviens d’un retour d’un long voyage en Amazonie puis chez les Sioux dans les années 1980. J’atterrissais à Bruxelles qui cette année là était la capitale européenne de la culture. J’y retrouvais des amis français qui, dans ce cadre, montaient un spectacle sur la Grèce. A peine débarqué de l’avion j'étais invité à assister à un filage dans un théâtre. Je pris place dans un des balcons et regardais. Par rapport au contexte du spectacle, des jeux me parurent très étranges : une femme qui ôtait ses chaussures, un comédien qui s’agenouillait, un autre qui passait sa main dans les cheveux et peut être une ou deux autres choses anachroniques…Ils me demandèrent ce que j’en pensais . Je leurs fis amicalement ces quelques remarques . Ils en furent assez stupéfaits : en effet chacun de ces gestes et de ces « trucs » étaient des repères pour les techniciens afin qu’ils envoient une poursuite, qu’ils changent les lumières ou pour que les musiciens se mettent à jouer. Mon regard avait ainsi débusqué quelques invraisemblances qu’en d’autres temps je n’aurais sûrement pas remarquées. Idem pour le « retour » dans notre réalité quotidienne : ce questionnement sur les autorisations symboliques : feux rouges ou verts, conduite à droite, passages piétons, barrières, façons de manger, de s’asseoir, postures d’attente, etc. , tout ce qui régit notre quotidien doit être (très rapidement ) réappris , tout comme la gestuelle (ou son absence) dans les discours oraux.
Le retour a en effet quelque chose d’un réapprentissage et peut être aussi d’une renaissance avec un petit goût de mort. S’en retourner ce n’est pas revenir en sens contraire, mais bien plutôt se retrouver chez soi sens dessus dessous par le passage effectué en un ailleurs plus ou moins proche, sans doute est-ce pour cela que le retour confine à l’émotion, alors que le départ est plus du côté de l’excitation. Revenir à son point de départ est à la fois désiré et décevant. De loin, on s’est imaginé son lieu comme sans histoire, comme un espace qui n’aurait pas bougé ou plutôt qui ne devrait pas bouger. Or le temps des retrouvailles en sa maison-souvenir déçoit toujours un peu. Etre de retour c’est aussi s’interroger sur ce que l’on croit être devenu pendant son absence . Dans le même temps s’en retourner c’est aussi se rapprocher de soi, de sa culture, de ses proches ; c’est remettre de la proximité réfléchie , retravaillée, là ou on la croyait acquise pour toujours. Il y a une idée de chemin parcouru dans le retour et pour le missionné que nous sommes comme chercheur , quelque chose qui s’apparente à un retour à l’envoyeur. On sait que l’après va commencer ici alors que là bas , quelque que soit le temps où on y est resté on était dans de l’avant , de l’avant retour. Le terrain qui nous est si cher ne sera jamais qu’une parenthèse entre le parti et le revenu.
Etre de retour, c’est bien se retrouver chez soi , se soumettre, sans plus rechigner, à la douce tyrannie domestique, être enfin là où l’on doit normalement se trouver, laisser tomber la vigilance des jours ailleurs.

vendredi 13 février 2009

En route vers le post-humain

Au-delà de note hygiène de vie, la révolution de la biologie moléculaire et de la nanomédecine, technologie à l’échelle du milliardième de mètre appliquée à la médecine, a déjà commencé. Nous étions le fruit d’une "évolution darwinienne", nous pourrions devenir un concept, conservant de cette théorie la seule idée que nous ne serions vraiment programmés que pour la reproduction. Le corps, tel que nous le connaissons pourrait laisser place à un système organique où se mêleraient biotechnologie, nanotechnologie et systèmes d’information.Un état post-humain en somme. Selon Aubrey de Grey, chercheur en bio-informatique à Cambridge , en bricolant le génome d’un individu tous les dix ans, l’idée serait de remettre son horloge biologique à « Zéro ». Le développement de l’ingénierie tissulaire devrait conduire à ce que des cellules souche pourront être utilisées pour régénérer des organes comme le cœur , le foie ou les reins , c'est-à-dire à développer une culture de nous même . En attendant, de nouvelles technologies au service de la médecine préventive vont prochainement faire leur entrée dans les salles de bains. Nous pourrons bientôt réaliser des bilans de santé simplifiés avec des appareils faciles à utiliser du style d’un miroir, d’une balance ou des toilettes intelligentes . Ces objets seraient reliés à un tableau de tests lui même relié par Internet à des médecins ou des cabinets d’analyse qui pourraient ainsi suivre les résultats et agir directement par des conseils santé envoyés sur la Toile du patient en prévention. l’ "intelligence toilet system" n’est pas une utopie, elle existe déjà au Japon . Ce système peut mesurer le taux de sucre dans l’urine, la pression sanguine et le taux de graisse tandis qu’on est assis. Une société américaine propose quant à elle le « Digital Angel », l’ange numérique, qui vise à installer sous la peau une puce qui contiendrait un dossier médical miniaturisé. Ce qui est certain , c’est qu’à très court terme des puces électroniques bio-compatibles, faites de protéines capables de se fondre dans le corps humain , analyseront la présence de certaines molécules dans notre organisme et en cas de problème ou d’accident seront interrogées par les médecins à l’aide d’un petit capteur. L’idée d’un dossier médical dormant, l’équivalent de la carte vitale en France, installé in corpore sano qui veillerait sur nous à chaque instant, prêt à nous alerter en cas d’annonce de déséquilibres ou de trouble est déjà installé dans les consciences. Des puces d’un centimètre carré en verre ou en silicium sur lequel sont fixées des protéines sont déjà prêtes. Elles pourront aussi réagir seules et rétablir des désordres métaboliques en délivrant les bonnes substances au bon endroit, au bon moment. Pour un diabétique par exemple, la puce pourra analyser la quantité de glucose dans le sang et si il est trop élevée déclencher la production d’insuline par l’intermédiaire d’une minuscule pompe implantée dans la cavité abdominale.
Les biopuces, nées de l’alliance de la biologie moléculaire et de la microélectronique permettant de comprendre et d’analyser l’ADN et de détecter les molécules indésirables, pourront également permettre d’identifier en un temps record les biomarqueurs , ces substances révèleront à partir de l’analyse un désordre physiologique avant-coureur d’une maladie grave, comme le cancer , mais qui ne sont qu’en très petite quantité dans le sang. Bref, grâce à un "nanodiagnostic", les médecins devraient pouvoir traiter la maladie bien avant la formation d’une tumeur. Très vite les nanorobots circuleront dans notre corps pour nettoyer nos artères ou compter , stimuler et même remplacer nos globules rouges . Ce qui est sûr c’est qu’à très court terme nous serons très nombreux à porter des puces qui, en plus d’analyser et de diagnostiquer serviront d’identificateur types carte bleue, carte de transport et bien autre chose encore... Ainsi le corps, tel que nous le connaissons pourrait laisser place à un système organique où se mêleraient biotechnologique, nanotechnologie et systèmes d’information. Des médicaments chimiques à l’étude seraient également "chargés" et "rechargés" sur ce type de nanoporteurs. Des "médisentiments" passant par des neurotransmetteurs précis et pouraient agir sur la timidité, la jalousie ou la créativité et modifieraient les émotions, donc le comportement. On envisage même l’utilisation prochaine de substances qui servent à augmenter la mémoire et diminuer le stress, tandis que dans le domaine militaire, des dopants aux actions ciblées améliorent la résistance à la fatigue et à la douleur…

En 1998 le britannique Kevin Warwick de l’univesité de Reading, s’implanta une puce dans le bras qui diffusait un signal lui permettant le contrôle d’accés à son laboratoire. Notons que dans les discothèques branchées de Rotterdam et de Barcelone sont déjà vendues aux clients des puces RFID ( identification par radiofréquence). En 2003, le même chercheur s’introduit un implant dans l’un de ses nerfs afin d’isoler le signal cérébral qui y transite quand il ouvre et ferme la main ; ce signal devait être réutilisé pour faire bouger une main robotique qui renvoie elle-même des signaux au chercheur. Quelque temps après il expérimenta un rudimentaire échange de signaux entre son cerveau et celui de sa femme équipée elle aussi d’un électrode planté dans un nerf. Là aussi, on attend prochainement la commercialisation d’un casque enregistrant l’activité cérébrale des enfants pour améliorer leur capacité de concentration , et celle d’un bandana high-tech permettant de générer de la musique par la pensée ; " l’homme augmenté" est aux portes des sociétés industrielles. On se met à penser très sérieusement àl’idée et la réalisation d’une espèce « posthumaine » ; une espèce dotée de nouveaux outils intégrés afin de pallier et de remodeler notre condition imparfaite . Verra t’on apparaître un eugénisme technologique donnant comme résultat des enfants "augmentés" sans leur accord auxquels on grefferait une superintelligence artificielle, des télechargements de connaissances , des « cyborgs » volontaires.
N’assisterait-on pas à une mutation des consciences telle que, en dehors de la recherche d’effets phénomènes, la question du « posthumain » soit posée au point qu’elle est en train de devenir un sujet éthique, scientifique et économique majeur pour les années à venir.

mercredi 11 février 2009

LES VILLAGES VONT-ILS DISPARAÎTRE ?

C’est presque ainsi qu’il faudrait poser la question puisque on commence à évoquer très sérieusement la destruction des églises, entendez des clochers, qui évoquent pour chacun une paroisse. La paroisse évoquant elle-même étymologiquement le village- le grec paroikia ne signifiant pas autre chose qu’ un « groupe d’habitations voisines »- on voit là un effet de transformation radicale du paysage et des découpages territoriaux français liés à un discours associé à une vision à très court terme: la vision de l’économie, d’une économie bien entendue non économe, dont le mot d’ordre est de « faire des économies », de ne plus dépenser pour ce que l’on déclare comme « inutile » dans cette nouvelle philosophie entrepreneuriale du monde où le paradigme est qu’une bonne gestion du matériel vaut mieux que la vie complexe et non comptable des humains…
Qu’allons nous faire de nos villages, sont-ils encore rentables ? Comment peut-on les rentabiliser se demande les édiles, bref, faut-il laisser le paysage en place ou l’absorber dans un maillage d’habitat dispersé qui se compactise et converge vers une ville unique. La réorganisation territoriale contemporaine des municipalités en communauté de communes, qui par un système alvéolaire rattache la majorité des villages à un territoire urbain sur la base d’une mesure nouvelle dite « déplacements domicile travail des actifs « véhiculés » de la région » fait rentrer les villages dans des couronnes périurbaines, avec son arsenal juridique lié au monde urbain..
Alors qu’est-ce qu’un village ou plutôt qu’est-ce qui était à l’origine même de l’idée de village ? Au-delà d’une niche écologique, ce furent des carrefours aménagés, des lieux de rencontres et d’échanges où petit à petit nous nous sommes arrêtés pour rester ensemble.
Le village n’est rien d’autre à l’origine que le résultat d’un début de vie en commun de familles distinctes qui produisirent un arrangement de l’espace où l’homme et ses maisons contiguës se calèrent au mieux qu’ils purent jusqu'à construire une harmonie en résonance avec un univers qu’ils inventèrent en partie et dans lequel il leur sembla qu’il était bon , si non de s’intégrer, au moins de dialoguer .Et de là, lentement, les villages , l’idée de village qu’on voyait ainsi que le remarquait Gaston Roupnel comme « la mise en compte humain de toutes les valeurs et de toutes les figures inscrites par le sol et les lieux » prirent lentement forme. Le village, pour reprendre Roupnel « être vivant, a pris forme de son chantier et s’est façonné, comme les hommes, de ses œuvres. Il se dilate ou se contracte ; s’amplifie ou se rétrécit du mouvement qui recule ses frontières ».Il est évident que les aptitudes du sol ont donné aux maisons et aux rues leur dispositif et leur physionomie, tout comme il ne fait aucun doute que l’homme en symbiose avec le village a bâti ses granges et ses étables à la mesure de son territoire et de ses occupations. Nul doute non plus que les villageois, ces hommes en pays presque clos avaient quelque chose de tribal, si la définition de la tribu sert à designer un groupe social soudé par des liens de solidarité et d’interdépendance dans une même culture, ayant un système de références, de codes, de rites et de croyances qui lui sont propres et dont les membres entretiennent entre eux des relations privilégiées.

Pour revenir au présent ,jusqu'à la seconde guerre mondiale la relative stabilité géographique et socioprofessionnelle ainsi que la hiérarchie fondée sur les rapports de personne à personne permettaient un contrôle social direct et continu qui favorisait la reproduction du pouvoir religieux à l’intérieur des paroisses et par là même permettait de conserver à peu prés intactes les terroirs .A partir des années 60 , avec la diffusion des masses médias et de l’automobile la révolution agricole, tout changea dans les villages. L’espace social villageois éclata aussi bien sur le plan culturel, scolaire, matrimonial, qu’économique .En même temps que la petite exploitation disparaît, se marginalisent les professions artisanales liées au monde agricole et à la vie des habitants du village. La population se transforme rapidement, notamment cette population marginale et recentrée, les fameux commis de ferme qui pour des raisons et par des moyens diverses avaient échappés à la route ou à l’asile en se faisant adopter par une communauté et avec eux les « figures » qui venaient alimenter et renforcer l’imaginaire villageois qui se nourrissait largement de la production de sa propre histoire. De l’entraide spontanée et joyeuse à travers laquelle le village tissait et maintenait les relations sociales entre les villageois, les paysans étaient passés à l’ère du groupement par l’intermédiaire des CUMA , puis des GAEC pour résister à une disparition à court terme.
Longtemps les villageois à la différence des citadins ont fait le choix d’une adaptation au confort minimal : électricité en 1914, eau courante en 1939, réfrigérateur et machine à laver dans les années 60, salle de bain et WC dans les années 70, chauffage central et congélateurs dans les années 75 qui permis une capacité de stockage domestique bien supérieur à ce quelle était jadis et aux agriculteurs de retrouvent de façon artificielle le plaisir de l’autoconsommation traditionnelle. Les choses changèrent aussi avec l’installation par milliers
de cuisines fonctionnelles et avec hottes aspirantes dans les années 90 et bien entendu l’apparition de la domotique et de la cybernétique que possède désormais tout citoyen consommateur landa sur notre territoire. Mais c’est l’accès à une consommation plus large qui obligea a sortir du village puis à prendre l’habitude d’aller ailleurs chercher ce qu’on ne pouvait trouver sur place. Avec ces « sorties », l’espace relationnel s’élargit, on fréquenta un peu moins les voisins, on fit plus de « connaissances » à l’extérieur et avec ces nouveaux amis, un monde nouveau pénétra les consciences et les habitus des villageois : produits nouveaux, amis et modes nouvelle créèrent des goûts et des expériences nouvelles, à savoir que la variété qui n’était pas traditionnellement inscrite dans le monde paysan fit son entrée.
Désormais liés par des liens supplémentaire à la sphère non agricole, avec ses contraintes et ses aléas, les villages perdirent beaucoup de leur autonomie en même temps qu’ils sortirent du système autarcique, passant d’une existence centripète à un mode de vie centrifuge. A la fin du XX° et plus encore en ce début du XXI° siècle les villages subissent encore les transformations radicales au niveau de leur structure sociale. Aujourd’hui les villages voient coexister agriculteurs modernistes, paysans routiniers, employés, artisans modernisés, retraités et une nouvelle population alors peu présente. On assiste en effet à une complexification de la population dite à tort villageoise, les termes ZR, « en zone rurale », pour un (ex)village et rurbains pour ses habitants seraient plus appropriés. Nous avons tous constaté que l’homogénéité n’était plus la règle, désormais il y a la minorité des « anciens paysans », les derniers campagnards, qui ne représentent plus que 10% de la population des villages et les bien heureux « retraités locaux » . Ce sont le plus souvent des enfants de paysans du pays qui, si ils l’avaient quitté, font un retour au village bien mérité. Ils considèrent qu’ils vont enfin pouvoir jouir de leur vie libre sur ce qu’ils considèrent plus comme leur terroir que leur territoire qu’ils ont eut le temps de voir se décomposer avec la société paysanne qui le tenait et se recomposer dans le cadre d’une agriculture mécanique et technologique nouvelle. Souvent ils se réinvestiront quelque temps dans la vie du village, avant que de se sentir fatigué ils ne cèdent leur place à des plus jeunes, voir des « étrangers ». Une nouvelle espèce d’habitants vient repeupler nos villages : les « conservationistes », ces héros contemporain du grand retour .Généralement d’origine citadine, soit de retour , soit venu se ressourcer à la campagne . Ces ré enracinés qui n’ont de cesse de reconstituer la campagne, militants du « vrai », de l’authentique, sont des décalés du temps qui voudraient que subsiste encore le village d’hier. Ils sont souvent par le biais d’Associations les relais des inventeurs des nouveaux terroirs et de la logique critiquable de la patrimonialisation du monde rural ; une logique verte culturelle qui leur fait demander l’impossible : du naturel, du rural, du bucolique sans bruit, sans pollution , sans odeurs, avec tous les avantages de la ville. A côté, presque contre les précédents, il y a cette frange d’habitants issus d’une logique du refus. Ils sont en village parce que ils refusent la civilisation urbaine et ses tracas à la recherche d’un anti-modèle urbain et capitaliste. Ils sont venu chercher l’opposé de ce qu’ils vivaient jusqu’à présent en ville : pureté, santé et convivialité, le tout inscrit dans un ancien théâtre rupestre idéal. Mais comme leurs voisins, ils voudraient bien jouir aussi de tous les services de la ville. Voila deux catégories d’habitants montantes aux motifs différents mais proches dans leurs aspirations, abîmés en campagne comme on s’accroche à un nuage. A ces
néo villageois s’ajoutent des « habitants périphérisés ». Victimes de la logique urbaine de l’exclusion, vivant mal « le profond emmerdement de la ruralité » pour reprendre l’expression de Raymond Queneau, ils sont comme assignés a résidence par manque de moyens. C’est l’avant-garde des exclus du système ; devenus sous citoyens en ce qu’ils ne peuvent pas participer à temps plein à la société de consommation, ils vivent le village comme un lieu de réclusion.
Alors sommes nous encore dans des villages ou, comme l’inscription juridique les définit désormais dans des conservatoires du paysage en « espace rural » ?


Pour en savoir plus voir « Le village retrouvé » Grasset 1987, Aube/poche 2008 et « Le village métamorphosé. Révolution dans la France profonde », Terre Humaine-Plon, 2006, ethnologie de Chichery-la-Ville, un village de 400 habitants étudiés à trente ans d’intervalle qui montrent les changement radicaux qui se sont opérés dans le même village.